| Des taureaux et des hommes ou l’histoire d’ « El ballet de la muerte » |
Paroles et musique : Julien Laurence | ||
Ce soir-là je chante à « la Carboneria », peña flamenca de Sevilla où l’on vient se détendre et refaire le monde en écoutant chanter les gitans devant un bon verre de Jerez. Et ce soir-là, je fais la connaissance de Roberto. Roberto est « torero ». Il travaille à L.A. et Mexico City et recherche un novice à qui il pourrait léguer « son art » et lui livrer tous ses secrets. Ses mots sont ceux d’un peintre ou d’un sculpteur, il dit vouloir ériger « une œuvre » en formant « El torero ». Roberto voit en moi l’acteur parfait. Le voilà, frénétique, partit dans un monologue anglo-hispano, ahurissant de couleurs et de lumière, de charme et de poussière, le tout teinté d’une touche d’humour qui donne au récit, inconfort et véracité. Mesurant la longueur de mon bras, s’enthousiasmant à chaque instant sur les traits de mon visage et de la finesse de ma silhouette, il m’invite à venir vivre chez lui à L.A. pour m’enseigner l’art de la tauromachie. Roberto m’attire et me dégoutte. Je lis la mort dans ses yeux. Le temps s’est arrêté. Plus rien ne bouge. Je suis là dans l’arène. Mes pieds sont moites dans mes chaussures trop étroites. Le toril s’ouvre. Une masse noire, énorme, sort. Je n’entends plus rien. La foule retient son souffle. La bête est maintenant immobile et frappe le sable brûlant, s’apprêtant à charger. Une seule et unique pensée hante mon esprit : tuer pour ne pas être tuer. Le taureau s’élance et fonce sur moi tête baissée. Le chanteur me ramène à la réalité. Vous l’aurez compris Roberto est mythomane. Dans un éclat de rire, il se lève, et faisant signe à sa compagne de le suivre, il me donne rendez-vous chez le costumier pour une séance d’essayage. J’ai rencontré le diable en personne. Ma première corrida, du moins la première à laquelle j’ai assisté, reste un moment très fort gravé dans ma mémoire. J’ai aimé le taureau. J’ai aimé sa puissance et sa bravoure, sa combativité extraordinaire jusqu’à la mort. Car ici, c’est l’animal qui mène la danse. L’homme doit le séduire pour s’imposer à lui. Cette même nuit, une étrange visite vient troubler mon sommeil; je sens le souffle chaud d’un taureau passer sur ma nuque. Depuis, je renonce à y retourner. |
Torero Toro El ballet de la muerte Fuerte fuerte El ballet de la muerte Fuerte fuerte Dansent Un taureau et un homme Dansent Dans l'arène où résonne Olé ! Ils dansent S'élancent de tout leur corps Fiers Ils bravent la peur Et la poussière danse Mi amor Ensemble Ils dansent une dernière Mi amor Jusqu’à la mort Toro Torero Toro Torero Toro |
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