Julien Laurence en interview.
Il était finaliste de la deuxième saison de « Nouvelle Star » en 2004 face à Steeve Estatof et puis... plus rien. Que s'est-il passé ? Pourquoi Julien ne s'est pas retrouvé dans les bacs ? Charts in France a mené l'enquête et a retrouvé le beau gosse de Genève pour une interview exclusive sur son atypique parcours, au moment où son premier single produit par Phil Collins voit enfin le jour, sans BMG...
- Salut Julien, que deviens-tu depuis la fin de la deuxième saison de « Nouvelle Star » ?
Je fais ce que j'ai toujours fais : j'écris des chansons et je rencontre des gens. C'est, je pense, essentiel pour construire une carrière.
- Pourquoi avoir choisi Laurence comme pseudo plutôt que ton nom, Chagnon, que les sites Internet référençaient déjà... ?
C'est pour moi comme une renaissance. Je pense que toutes ces années, à apprendre ce métier sur la route, seul ou accompagné d'orchestres, m'ont permis de me construire et aujourd'hui enfin, l'univers dans lequel j'évolue me donne la sensation que ce que je fais et la manière dont je m'exprime, m'appartient et me ressemble. C'est un cheminement qui a pris du temps et comme un retour aux sources, j'ai choisi le prénom de ma mère.
"Je préfère une poignée d'aficionados concernés plutôt qu'une masse éphémère"
- Est-ce que l'après-« Nouvelle Star » a été difficile ?
Tu sais, quand la côte de popularité s'estompe à vue d'œil, je comprends que cela puisse être déroutant parce que c'est toujours agréable d'être reconnu dans la rue. Mais aujourd'hui, les gens vous connaissent parce qu'hier vous étiez à la télé mais ne vous reconnaissent pas pour ce que vous faites, seule l'image compte. Ce phénomène à la mode provient de ces émissions de télé-réalité. Personnellement, je préfère une poignée d'aficionados concernés et attentifs, plutôt qu'une masse éphémère.
- Pourquoi n'y a-t-il pas eu de suivi à ton égard de la part de BMG ?
C'est à eux qu'il faudrait poser la question !
- Est-ce que tu en veux à BMG ?
J'en veux au système qui fabrique des produits commerciaux le temps d'une saison et qui, une fois l'été passé, laisse le vent souffler les feuilles mortes. J'ai toujours eu cette sensation de buter face à un système de valeurs qui m'échappe plus qu'à un problème de personnes.
- Tu avais pourtant annoncé la première partie de Bonnie Tyler, puis un premier single en avril, que s'est-il passé ?
J'ai appris que tant que les contrats ne sont pas signés, rien n'est joué !
"Si tu ouvres la porte de l'amertume, tu es cuit"
- Es-tu amer ?
Amer ? Mais c'est très mauvais pour le cœur ça ! (rires) C'est là où l'amertume ne doit pas rentrer justement. Si tu ouvres cette porte, tu es cuit. Tout ce que tu fais aura un goût amer... Je préfère cultiver la patience et me dire que, tôt ou tard, le vent finira par tourner.
- Est-ce que tes illusions sur ce métier se sont envolées ? Est-ce que ça ne casse pas un peu une part de rêve ?
Je crois que le rêve est en chacun de nous et que notre devoir est de ne laisser personne, à part peut-être la mort, nous l'enlever. Pour moi, c'est la quête artistique qui compte. Exister artistiquement, c'est défendre ses idées, ses goûts, les valeurs auxquelles on aspire et non faire tel ou tel score de vente ! Là réside le véritable challenge et je crois plus que jamais à la sincérité. C'est, je pense, le sceau de la qualité car ce sont elles les vraies gagnantes sur le temps. Elles seules perdurent.
"La musique de Paco de Lucia me transporte"
- On murmure que tu aurais proposé des maquettes dans un style manouche hispanique et qu'elles auraient été refusées par le label ?
La musique de Paco de Lucia me transporte. Elle est habitée, tout comme la musique tzigane à laquelle j'ai goûtée. Mais le flamenco est plus qu'une musique : c'est une manière de vivre, de respirer. Il y a dans certaines de mes chansons, des intonations et une influence andalouse. Mais au bout du compte, je suis un chanteur de variété.
- Pourtant Steeve Estatof a bien réussi à imposer son style et ses idées ? Est-ce parce qu'il était le gagnant ?
Steeve a gagné le droit de faire un disque, son disque, celui qu'il attendait depuis longtemps et pour cela je le respecte et l'encourage. Séduire une maison de disque c'est très bien, mais le réel auditeur à convaincre reste le public, le cœur des gens. Aucune médaille ou diplôme de marketing ne peut aller contre cela. Le public a toujours raison.
- Quel effet cela t'a-t-il fait de te retrouver en deuxième titre du premier single d'Amel Bent, « Ma philosophie », vendu à près de 600 000 exemplaires alors que tu étais finaliste ?
C'est une leçon de marketing ! (rires) Bien sûr qu'il y a le « pourquoi elle et pas moi ? » qui vient te chatouiller les oreilles... mais la réalité, c'est qu'il faut se battre pour ce en quoi on croit, et c'est cette lutte et cette quête qui me donnent des ailes et me poussent à positiver chaque épreuve.
"Je retournerai volontiers à "Nouvelle Star", mais avec ma guitare et sans jury"
- Si on te proposait de revenir sur le plateau de « Nouvelle Star », accepterais-tu ?
Je n'oublie pas qu'avant l'émission, je chantais dans la rue. « Nouvelle Star » m'a révélé et a été une vitrine exceptionnelle pour moi. J'y retournerai donc volontiers, mais cette fois avec ma guitare et sans jury.
- As-tu regardé la troisième saison, et si oui envers qui allait ta préférence ?
Je n'ai pas vu l'émission.
"Mes fans ? Ce sont grâce à eux que je continue à me battre, leur soutien me touche"
- Te sens-tu toujours soutenu par tes fans ?
Je vais te dire, bien souvent c'est grâce à eux que je continue à me battre pour qu'un disque voit le jour. Je crois que je n'arrêterai jamais de jouer puisque c'est quelque chose qui est en moi et à laquelle je ne peux pas échapper. Les fidèles restent et attendent car ils ont tout comme moi fait de la patience, une arme. Ils ont compris mon souhait de ne pas faire partie de ces phénomènes « kleenex » issus de la télé-réalité qui font des étincelles, au mieux quelques flammes, et puis plus rien. Leur soutien me touche. Leur courage m'étonne.
- Es-tu proche d'eux ?
L'attente nous a rapproché. Plus le temps passe, et plus l'envie de les retrouver sur scène grandit.
- Revois-tu d'anciens candidats de ta promo ?
Le contexte de compétition dans lequel nous nous sommes rencontrés a limité les liens affectifs. Mais il arrive parfois qu'untel m'appelle, et dans ce cas nous nous encourageons mutuellement dans nos parcours respectifs.
- Et ce fameux duo que Steeve t'avait promis sur son album ?
Idem. Avec Steeve le courant est passé entre nous le temps de nos duos « Nouvelle Star », mais c'est tout. C'est sans doute mieux ainsi.
- Que penses-tu de sa musique ?
Je répète ce que j'ai déjà dit : je respecte ses choix artistiques et apprécie sa détermination à faire ce qu'il aime.
- Peux-tu nous en dire un peu plus sur le thème de ton premier single « Tout nous rappelle » ?
C'est ce que j'appelle une belle rencontre. La rencontre avec une chanson, qui à un moment précis de votre vie, semble résumer tout ce que vous pensez. Comme si le message qu'elle véhicule transporte la vérité. Du moins la vôtre. Un fil rouge de votre manière de penser, de marcher sur cette terre. La chanson s'adresse à tous et nous rappelle que la vie est là devant nous, qu'elle glisse en pente douce mais que tout peut s'arrêter. Elle nous rappelle à l'essentiel, à ce que dans toute chose : c'est l'instant qui compte. C'est pour cela que j'aime la scène, une photographie, un instant volé... une revanche sur le temps qui passe.
- C'est Phil Collins qui te produit, comment s'est passée la rencontre avec lui ?
Je l'ai rencontré comme beaucoup de gens il y a vingt ans avec Genesis. Son épouse, Orianne Collins, a organisé un gala en faveur de la « Little Dreams Foundation », concert où j'ai été invité pour chanter. Le courant est passé, puis les choses ont naturellement coulé. Phil Collins est un artiste que j'admire et qui me séduit, tant par sa prestigieuse carrière de musicien, que par ses qualités humaines. Il est un exemple de réussite et de générosité.
"Tarzan 2 marque ma première collaboration avec Phil Collins"
- Le 24 août sort « Tarzan 2 » en DVD, pour lequel tu as été choisi pour interpréter la bande originale. Es-tu impatient ?
Je suis très fier de participer et de poser ma pierre à l'empire Disney. « Tarzan 2 » marque aussi ma première collaboration artistique avec Phil Collins puisque c'est pour ce DVD qu'on a commencé à travailler ensemble.
- Comment ton single est-il accueilli en radios ?
Très bon accueil, même si nous n'en sommes qu'aux prémices et que tout va se jouer à la rentrée.
- Aujourd'hui, as-tu une maison de disques officielle ?
I'm a free spirit ! (rires)
- Peux-tu nous dire un mot ou deux sur ton futur album : son style, ses thèmes, ses auteurs, ses compositeurs ?
L'album sera un disque de variété pop au sens large du terme, une musique qui s'adresse à tous. Des chansons qui parlent d'amour bien sûr et qui me racontent : qui parlent de mes rêves, de mes doutes, de mes joies, de mes peines, de tout ce qui m'habite et qui m'entoure. Christian Vié, auteur de « Tout nous rappelle » (ndlr : et de nombreux succès tels que « Liverpool » pour Patsy dans les années 80 ou « Y'a trop de gens qui t'aiment » pour Hélène Ségara dans les années 2000), est une précieuse rencontre, humaine et artistique. C'est un homme sincère, blessé, et doté d'une plume exceptionnelle qui signe les textes que je n'écris pas. C'est capital pour moi de m'entourer de gens de son expérience, et c'est d'ailleurs aussi pour l'échange que j'aime ce métier et que je m'y accroche. Ce qu'il y a de bon avec Christian, c'est qu'il taille le costard sur mesure ! (rires) Je travaille aussi avec Krystof Balency, un jeune compositeur très talentueux avec lequel nous formons une vraie équipe. Il y aura d'autres collaborations, mais il encore un peu tôt pour en parler.
- As-tu une date de sortie approximative ?
Rien d'officiel. Et puis se prononcer sans savoir porte préjudice...
"Je continuerai à chercher les vents porteurs..."
- Et si le single et l'album ne décollent pas... ?
Je continuerai à chercher les courants d'air et les vents porteurs... (sourire)
"Pour les intellectuels je suis grillé"
- Est-ce plus simple ou plus difficile avec l'image de la télé-réalité musicale ?
Il y a beaucoup d'hypocrisie avec ce phénomène. Le problème est qu'aujourd'hui tout le monde veut chanter et voir sa gueule à la télé. Dans l'inconscient collectif, c'est synonyme de succès, mais les gens mélangent tout. Ils ont beaucoup d'à priori sur les têtes sortant de ces émissions, et ont déjà leur jugement avant même d'avoir écouté ce qu'ils font réellement. L'avantage, c'est qu'ils peuvent déjà mettre un visage sur telle voix, ou telle chanson qu'ils entendent à la radio. C'est donc un gain de temps considérable. Un groupe comme U2 par exemple a mis dix ans avant de percer... qui aujourd'hui miserait pour dans dix ans ? Personne. C'est tout, tout de suite, ou rien ! La question est : la télé sert-elle la musique ou la musique sert-elle la télévision ? La télé vend un programme, fait de l'audience et de l'argent. Quelle place reste-t-il à l'art ? Aucune. Mais c'est pareil avec les émissions ordinaires de musique, à part peut-être « Taratata » d'il y a dix ans... J'ai conscience que pour les intellectuels, je suis grillé. Néanmoins, avoir chanté en condition de concert en direct et sans prompteur lors de « Nouvelle Star », devant quatre millions de téléspectateurs, c'est fou ! (rires) Mais les artistes que j'aime, que j'écoute, ceux que je respecte, sont à des années lumières de ce monde-ci. Cela étant dit, il faut vivre et évoluer avec son temps aussi... Et puis, je crois fermement que ça n'est pas ce qu'on fait, mais davantage la manière avec laquelle on fait les choses qui prévaut. Il n'y a pas de recette pour réussir dans ce métier. On naît artiste. Et si l'on a la chance de découvrir son talent, il faut ensuite le révéler. J'ai appris qu'avec du travail, de la patience et un coup de chance, tout peut arriver. On ne peut pas plaire à tout le monde, et je dirais même qu'il ne faut pas plaire à tout le monde ! (rires) Tu sais, avec du recul, je souris à cette situation. Mon parcours est tellement atypique : un mec qui gagne sa vie dans la rue en chantant des chansons tziganes et qui, du jour au lendemain, se retrouve exposé en finale d'une émission de télé-réalité puis qui retourne à la case départ (sourire). Et puis la roue tourne à nouveau, et les dés s'arrêtent sur la case « Phil Collins » ! C'est ça qui me plaît dans la vie : ne pas savoir de quoi demain sera fait. Avancer à l'instinct. Mon entourage me plaint et m'envie. Alors ça n'est pas tous les jours rose, mais c'est la vie que j'ai choisi de vivre.
- Quel est ton sentiment aujourd'hui sur ce genre de programme ? Est-ce plus une machine à broyer qu'une machine à rêves ?
La machine à plusieurs boutons ! (rires) Il suffit d'appuyer sur le bon.
- Qu'est-ce que t'inspire les ventes catastrophiques du deuxième album de Jonatan Cerrada (disparu du Top 200 des ventes officielles après seulement deux mois d'exploitation...) ?
Personnellement, je m'attache plus aux personnalités qu'aux chiffres.
- Il y a pourtant des gens qui s'en sortent bien, comme Amel Bent ?
C'est le même phénomène, mais inverse. Bon endroit au bon moment.
"Je ne savais pas que Dove Attia avait un don de voyance"
- Dove Attia a récemment déclaré que de toutes les saisons confondues, il n'en resterait que deux dans dix ans : Amel et Thierry Amiel. Ta réaction ?
Je ne savais pas que ce cher Dove avait un don de voyance. On en reparlera dans dix ans.
"J'ai toujours eu beaucoup de respect pour Manu Katché"
- Est-ce que le jury a gardé des rapports avec toi, est-ce qu'il continue à te soutenir... ?
J'ai toujours eu beaucoup de respect pour Manu Katché. De le savoir dans le jury a d'ailleurs été un argument favorable à ma participation à cette émission. Il fait partie de mes gens, ceux qui me soutiennent et m'encouragent. Quand aux autres...
- Comment se passe ta vie de famille ? Un deuxième bébé a vu le jour je crois, non ?
Je suis comblé avec la venue au monde de ma fille. Un enfant vous aide, vous force à relativiser et à positiver.
- Finalement Julien, si c'était à refaire ?
Mais tout est à refaire non ?
- Merci, et à très bientôt !
Merci à toi.
Thierry CADET
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