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Public - 1 avril 2004

Il paraît que c'est votre femme qui vous a inscrit au casting ?

Céline m'a mis un peu la pression et je suis content qu'elle l'ait fait. Elle m'a dit "Je t'inscris, que tu le veuilles ou non, tu vas y aller et on verra ce qui se passe." Aujourd'hui, j'ai une chance de pouvoir chanter en direct devant un public à la télévision.

Qu'est-ce qui vous donne envie de réussir ?
Le soutien de ma femme et le fait d'être papa : ça m'a mis un vrai coup de pied aux fesses. On se réveille le matin, on voit son petit garçon et on se dit "Tu veux être musicien ? Alors maintenant, au charbon !" Cette émission est un excellent tremplin, c'est une expérience dans laquelle je n'ai rien à perdre.

Votre passion pour la musique date de quand ?
J'ai pris des cours de piano dès 7 ans, mais mon truc, c'est la voix, l'instrument avec lequel je m'exprime le mieux. J'ai fait mon premier concert à 11 ans... J'en ai 30 ! J'ai arrêté les études après mon bac, et j'ai sorti mon premier disque en 1995. Depuis dix ans, je me démène dans la musique. J'essaie d'en vivre, mais je suis obligé de cmpléter avec des petits jobs.

En 10 ans, vous avez fait quoi ?
J'ai fait deux albums à compte d'auteur qui dorment dans des cartons. J'ai fait des concerts, mais j'ai surtout vécu beaucoup d'aventures : c'est ma richesse. Je n'ai pas forcément rencontré des producteurs dans les maisons de disques, mais des gens avec qui j'ai échangé des choses. Que ce soit aux Etats-Unis, où j'ai vécu une année, auprès des tsiganes Roms, avec qui j'ai voyagé, ou en Espagne je suis également resté une année... Je suis arrivé en Andalousie, au pays du flamenco, seul avec ma guitare, sans parler un mot d'espagnol. Là-bas j'ai pris une claque. Les musiciens ne plaisantent pas. Le flamenco, c'est une culture, un état d'esprit, une façon de vivre. J'ai chanté tous les soirs avec ce sgens dans une pena, sorte d'auberge où l'on vient écouter les Gitans chanter et danser devant un verre de xérès.

Vous avez connu la galère ?
Avant, quand j'étais célibataire, je vivais avec moins d'argent qu'aujourd'hui. J'ai beaucoup chanté dans la rue... A Genève, tous les matins, de 7h00 à 9h00, j'accompagnait les gens ua travail, et je leur chantais des chansons dans les transports publics. C'est une sacrée école. Quand vous montez, personne n'a envie de vous entendre. Si, au bout du trajet, vous récoltez un ou deux sourires, c'est que vous avez gagné la partie (Silence) Avec le temps, on comprend que les instants de bonheur sont rares. On se bat tout le temps, on souffre beaucoup. Le fait de perdre des gens qu'on aime, d'avoir des moments de doute profond.. Quand j'entends Johnny chanter, ce qui me plaît, c'est sa souffrance. Quand Gainsbourg chante, ce n'est pas sa voix qui m'intéresse, c'est ce qu'il trasnmet.

Quels sont vos goûts musicaux ?
Ils sont très éclectiques. Je pourrais vous dire de la même manière que j'aime La Mer, de Charles Trenet et Thriller de Michael Jackson.

Et les chansons qui vous émeuvent le plus ?
Requiem pour Un Fou. Pour moi, Johnny est la référence parmi les interprètes français. Il a vraiment un magnétisme, et quand je l'entends chanter ça, j'ai des frissons. L'autre soir, j'ai chanté "Tous Les Bateaux, Tous Les Oiseaux" de Michel Polnareff sur le plateau de l'émission. C'est une très belle chanson qui s'adresse à une petite fille et inévitablement j'ai pensé à mon fils en la chantant. C'était vraiment très fort.

Quel rôle jouent votre femme et votre fils dans votre vie ?
Ce sont les personnes que j'ai de plus chères au monde. Ma femme, c'est une épouse, mais aussi mon meilleur ami. Elle m'a permis de passer de l'ombre à la lumière, elle m'a surtout aidé à croire en moi, elle m'a aussi donné confiance, et c'est elle qui m'a dit "Allez pépère, lève-toi et chante. Garde pas ta voix pour toi. Donne-la." Avec elle, je vis l'amour avec un grand A. Elle se dévoue complètement aux autres, tout en gardant sa personnalité. C'est quelqu'un de très beau, de très brillant. Mon fils, Matteo-Khan, quand je le regarde le matin en me levant, il n'y a rien de plus beau, rien de plus pur, rien de plus envahissant. Le jour où je l'ai vu arriver, le jour où on l'a posé sur le ventre de ma femme, il y a 14 mois, je me suis dit "Si Dieu n'existe pas, je ne comprends plus rien."

Où vivez-vous en ce moment ?
Ma femme et moi avons décidé de prendre un appartement sur Paris. Elle va faire des allers-retours avec la Suisse pour son travail, mais on s'installe définitivement en France.

Vous êtes auteur-compositeur-interprète. Qu'est-ce qui vous inspire ?
Je suis plus interprète qu'auteur, disons que j'écris des chansons. J'ai par exemple, dernièrement vécu un moment très fort lors du casting de la Nouvelle Star. Je me suis senti complètement tétanisé devant le jury. Les jours qui ont suivi ce moment, je me suis dit "Mais qu'est-ce qui m'a pris, qu'est-ce qui m'est arrivé ?" Ça a déclenché beaucoup de choses. J'y ai pensé, et j'ai décidé d'exorciser tout ça en écrivant une chanson qui s'appelle Respire. Ça parle justement de ces moments où on oublie qu'il suffit de respirer, qu'il suffit de se dire "Je suis là, et je dois profiter du moment..."

On vous a vu perdre vos moyens devant le jury...
Je manquais de sommeil, je ne connaissais que vaguement les chansons à interpréter, j'étais stressé et je me suis retrouvé complètement paralysé. J'ai eu un bug. Plus un mot ne sortait : j'ai dû sortir la feuille de ma poche pour les paroles. Et je n'arrivais pas à la lire parce qu'elle était à l'envers et que mon bras n'arrivait pas à retourner la feuille. Quand je me suis vu trois semaines après, lors de la diffusion de l'émission, j'avais envie de rentrer dans le poste de télévision pour me mettre des claques. J'ai eu beaucoup de chance, le jury a été clément et ils m'ont fait comprendre qu'ils croyaient en moi. Ça m'encourage et me donne confiance.

Vous n'avez plus peur d'être paralysé par le trac ?
Non. La suite du programme est différente, c'est une situation de concert que je connais bien, c'est le jury qui vote. C'est ça que j'aime : la scène, le seul endroit où l'artiste existe vraiment.

Vous êtes dans cette compétition pour gagner ?
Je me bats d'abord contre moi-même, mais j'ai envie d'aller le plus loin possible. Le chemin sera long, et tout peut s'arrêter du jour au lendemain. Je ne veux pas tomber de haut, ça reste un jeu, ne l'oublions pas.

On a dû vous dire que vous ressembliez à Frédéric Lerner...
Depuis le début de l'émission, on n'arrête pas. C'est vrai qu'on se ressemble. Moi, je trouve ça amusant, ça ne me dérange pas du tout, et j'espère que ça ne le dérange pas non plus. Tant que ma femme ne m'appelle pas Frédéric... (rires)

Céline, d'où vous est venue l'idée d'inscrire votre mari au casting de la Nouvelle Star ?
On avait regardé l'émission l'année dernière et ça nous avait plu. Comme cette année les concurrents pouvaient être plus âgés, je me suis dit que c'était parfait pour lui.

Vous en avez parlé avec Julien ?
Je l'ai inscrit pendant qu'il était en déplacement. Après, on en a discuté et je l'ai convaincu. Je lui ai dit qu'il fallait faire des concessions dans la vie, que s'il ne vend pas d'albums, personne ne va le produire en tant qu'artiste. Là, il va disposer d'une énorme exposition médiatique, je pense qu'on ne peut pas faire mieux.

Cela va occasionner de nombreux changements dans votre vie : vous avez déjà dû déménager de Genève à Paris...
Ça ne nous pose aucun problème. Le déménagement, c'est rafraîchissant, et c'était dans nos plans de bouger après deux années passées ensemble à Genève. Quant à la notoriété, c'est plutôt agréable pour un artiste de finir par être reconnu et apprécié pour son talent.

Comment avez-vous choisi votre nouvel appartement sur Paris ?
On voulait un parc à côté pour Matteo-Khan, et un quartier où l'on se sente en sécurité et où l'on puisse faire les choses à pied.

Quand avez-vous connu Julien ?
Dans notre adolescence, on a eu des amis communs, mais nos chemins ne se sont jamais vraiment croisés. Ce n'est qu'à l'issue d'un de ses concerts de musique tsigane, où je suis allée, que nous nous sommes rencontrés. Depuis, on ne s'est plus jamais quittés.

Quel regard portez-vous sur son travail ?
Sa musique est bouleversante, elle est vraiment très profonde. Il écrit très bien, que ce soit en anglais, en français ou en espagnol. Le mélange de ce qu'il a pu vivre est très intéressant dans ses compositions. Et, surtout, il a une voix extraordinaire...

Au-delà de l'artiste, qu'est-ce qui vous plaît chez lui ?
Julien est quelqu'un d'extrêmement sensible, de très généreux, et surtout, il est toujours disponible. C'est simple, c'est vraiment un mari parfait... En plus il est très charmant (rires). Et maintenant, c'est le père de mon fils, un père toujours présent pour jouer avec lui, nuit et jour.

Matteo-Khan reconnaît-il son papa quand il passe à la télé, le jeudi soir sur M6 ?
Oui. Depuis que Julien a commencé les castings, j'explique à notre petit chéri ce qui se passe. Je lui montre les photos parues dans la presse, je lui montre son papa à la télé... Et il le reconnaît. Quand Julien commence à chanter, les yeux de Matteo-Khan s'émerveillent...

Cyril Bousquet
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