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L'Illustré - 12 Mai 2004

La rédemption de Julien

Jeudi soir, la finale verra deux candidats trentenaires, Julien, le séducteur genevois, et Steeve, le rocker sympa, s'affronter en duel sur M6. Jamais un Suisse n'avait à ce point conquis le coeur des foules. Quels sont les secrets de ce jeune père à la voix de velours?

«La finale de Nouvelle star opposera donc Steeve à Julien. Ce sera le rocker contre le crooner!» annonçait jeudi dernier en fin de soirée Benjamin Castaldi sur M6. Des 25 000 candidats au départ, ils ne sont plus que deux, dont un Romand s'il vous plaît! Le Genevois Julien, 30 ans, beau gosse, voix de velours, époux aimant et papa modèle, affronte Steeve Estatof le révolté, 31 ans, timbre rocailleux et visage de gavroche. Un duel entre le tombeur et le garnement, le romantique et l'écorché vif... en apparence.

Julien lui-même se méfie de l'étiquette dont on l'affuble. Et si, dans le fond, le plus rocker des deux finalistes n'était pas celui qu'on croit?
«Ça me fait plaisir, confie Julien, qui récupère dans sa chambre d'hôtel, à Paris. On m'a mis dans une case de romantique sentimental parce qu'il y a cette douceur qui émane de moi quand je chante, que je suis papa et jeune marié, mais on ne m'a pas demandé mon avis. J'ai aussi un côté rebelle!» Pascal, l'autre candidat suisse, éliminé le 8 avril, n'a pas oublié à quel point Julien paraissait mal à l'aise dans le répertoire fleur bleue. «Ils ont failli le saquer en l'obligeant à chanter des trucs qui ne lui convenaient pas», confie-t-il. Julien confirme: «C'est vrai, je serrais le poing dans ma poche. Je me suis dit: «Gardons des flèches pour la suite! C'est un marathon, pas un sprint.»

De son studio tapi au sous-sol d'un immeuble cossu du quartier de Rive, à Genève, Yorgos Benardos, un auteur-compositeur d'origine grecque qui a façonné en partie l'album de Jenifer, est aux anges. Il connaît bien Julien, avec lequel il collabore depuis près de deux ans, et s'empresse de le défendre. «Julien a tout en trop, mais dans le sens positif. Il est too much! C'est le seul vrai personnage de Nouvelle star, le seul aussi qui voulait gagner dès le début. Je suis à fond derrière lui!»

Aujourd'hui finaliste de Nouvelle star et favori dans l'esprit de bien des gens, Julien Chagnon, de son vrai nom, a pourtant failli ne jamais y participer... «Il s'est présenté au casting à Lyon et a été recalé pour manque de technique, raconte son complice Pascal, incrédule. Puis il a de nouveau tenté sa chance à Bruxelles et là, il a été sélectionné. Sur place, quelqu'un de la production lui a dit qu'en cas de question il n'avait qu'à dire qu'il avait rebroussé chemin à Lyon!» Julien n'aura pas à se justifier.

Né à Genève le 1er août 1973, fils d'un photographe artiste peintre et d'une graphiste tendance baba cool - c'est lui qui le dit - roulant en 2 CV et adeptes d'un mode éducatif souple, Julien a grandi à Carouge, bercé par la musique des Beatles, de Pink Floyd et de Gainsbourg. Ecolier plutôt doué au départ, il se dévergonde au contact des filles et du rock au cycle de Pinchat. Il a 13 ans quand il intègre son premier groupe. Entré dissipé au collège de Staël, il finit par rater son bac français, pour sept points. «Mes parents étaient déçus, sûrement, mais plutôt que de me contraindre à reprendre les études, ils m'ont laissé vivre ma vie, avoue-t-il, sans toutefois subvenir à mes besoins financiers.» Il fait ses gammes dans divers groupes, les Wild Mango notamment, en 1995.

En quête d'absolu

L'année suivante, épris d'aventure, en quête d'absolu, il part aux Etats-Unis, sac au dos, puis au Canada. «Julien, c'est un gitan, reprend Pascal. Il a pas mal bourlingué, mais la télé n'en a pas parlé...» Outre-Atlantique, le Genevois gagne sa vie en chantant dans les bars. Il y croise son idole, Stevie Wonder. De retour en Europe en 1998, il gagne l'Espagne, où il restera deux ans entre Séville et Jerez de la Frontera. «J'ai vécu une vie de bohème, une vie flamenca, avoue-t-il. Le flamenco, ce n'est pas qu'une musique et une danse, c'est une manière de respirer, d'agir. J'ai vécu des choses très fortes avec les Gitans.» Julien partage le quotidien sordide de ceux qui l'ont adopté. En Andalousie, le milieu gitan est gangrené par l'alcool et les drogues dures. Combien de musiciens géniaux ont succombé de surdose avant d'avoir percé? Julien sera le témoin de leur déchéance. «Là-bas, j'ai connu la misère humaine. Je n'ai pas toujours su échapper aux travers des Gitans...» avoue-t-il.

Il rentre à Genève sans s'être trouvé. «Un jour, j'ai rencontré un Tzigane dans le bus. On a sympathisé et je l'ai suivi, à Prague!» Julien n'a qu'une idée en tête: vivre de la musique. En Suisse, les maisons de disques le snobent. L'absence de reconnaissance le mine, il galère, mais ne renonce pas.

L'illumination

Quand on a touché le fond, on ne peut que remonter. Julien n'avance pas seul. «Il a cette foi incroyable, confie Pascal. C'est quelqu'un de très croyant.» Jusqu'au direct de jeudi dernier, il n'en avait pas parlé, et puis soudain, avant de chanter Purple Rain de Prince, il a levé les yeux au ciel et crié: «Jesus! Jesus! Jesus!» D'aucuns ont cru à une mise en scène, mais non. «Je ne veux pas paraître trop lourd avec ça, avoue-t-il. C'est très délicat d'en parler. Je suis croyant depuis tout petit, mais je crois en Jésus depuis peu.» Sans plus de précisions, il fait allusion à ses errances passées. «Il ne me restait que des rêves, j'étais au fond du trou. J'ai appelé au secours! Désormais, j'ai l'impression de marcher dans la lumière.» Le mal de vivre, l'appel, le chemin vers la rédemption, tout y est: la trajectoire ressemble à celle des fidèles de l'Eglise évangéliste. Julien n'en dira pas plus. Céline, son épouse, rencontrée à Genève où elle travaille encore pour l'Unicef deux jours par semaine, a-t-elle joué un rôle dans son salut?

«C'est une femme qui a beaucoup de personnalité», confie le compositeur Yorgos Benardos, ami de la famille. Julien la considère comme son coach. Il ne prend aucune décision sans la consulter et tient à ce qu'elle soit présente dans le public lors de chaque direct, avec leur fils Matteo-Khan. En revanche, ses parents Jean-Bernard et Laurence demeurent invisibles. Les aurait-il volontairement zappés? «Non, pas du tout, s'insurge-t-il. Ils sont à fond derrière moi, mais de façon subtile.» Pour Yorgos Benardos, «il veut les protéger, c'est compréhensible». N'empêche qu'à force de les tenir à distance, à force de les dissuader de s'exprimer, Julien donne l'impression de vouloir tout verrouiller.

Pression médiatique

Jointe par téléphone, Laurence, sa mère, explique que Nouvelle star est l'affaire de son fils. «Julien ne souhaite pas nous voir étaler sa vie. Il n'a pas envie d'alimenter les colonnes de la presse people et préfère se concentrer sur sa musique.» Sont-ils néanmoins restés en contact depuis le début de l'émission? «Oui, bien sûr, on se parle au téléphone, poursuit-elle. Enfin, c'est lui qui nous appelle...» Julien dément avec vigueur chercher à museler qui que ce soit: «Mais non, pourquoi? Je viens d'appeler mon père pour lui dire: «Si tu ne viens pas pour la finale, ça ne va pas le faire!» Il ne peut ignorer que dès vendredi, quel que soit le nom du vainqueur, les médias le mettront à nu. Telle est la rançon de la gloire pour toute nouvelle star...

Blaise Calame
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