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TV8 - le 20 Mai 2004

Il n'a pas gagné la finale de la Nouvelle Star, remportée par Steeve. Mais peu importe! Le chanteur suisse a pris son envol.

Beaucoup auraient cédé au découragement à sa place, jeté l'éponge de dépit. Pas lui. Julien Chagnon a trop galéré, trop souffert pour brader son rêve contre une existence ordinaire. Son obstination a fini par payer. A 30 ans, grâce à Nouvelle star, le Genevois a enfin obtenu la reconnaissance que son talent mérite. Son succès et son bonheur, il les dédie à sa femme Céline, son coach préféré, et à son petit garçon adoré, Matteo-Khan (16 mois). Mais sa réussite, c'est avant tout à sa voix chaude et cristalline qu'il la doit. Subtil mélange de romantisme et de ferveur, Julien a conquis le cœur des foules. Pour TV8, il a ouvert tout grand le sien, livré ses convictions intimes et confié les secrets qui l'ont amené à la consécration. Confidences.

Cette fois, ça y est, vous voilà enfin sur le sentier de la gloire…
Oh là, pas trop vite. Même si les bonheurs se sont succédé ces derniers temps, ce n'est pas une ligne d'arrivée mais une ligne de départ que j'ai franchie. La vraie course commence maintenant. Avec un album j'espère, mais pas n'importe lequel. Je veux un disque qui me ressemble, imprégné de ma personnalité et de ma sensibilité. J'ai un tas de projets dans mes tiroirs.

C'est quoi votre personnalité et votre sensibilité?
Ce que je veux dire, c'est que je ne suis pas prêt à sacrifier toutes les valeurs auxquelles je crois sur l'autel de la réussite commerciale. J'aime le rock, je suis aussi auteur-compositeur. Ce sont sur ces piliers-là que je veux construire ma carrière.

Beaucoup vous perçoivent pourtant comme un romantique, une sorte de beau-fils idéal…
C'est l'image que les producteurs de l'émission m'ont forgée. Quand je suis arrivé, ils m'ont dit: "Tu es marié, tu as un magnifique petit garçon, tu sembles filer le parfait amour, pourquoi ne pas promouvoir cette image?" Au début, ça m'a un peu gêné, irrité même parfois. Et puis je me suis dit: "Pourquoi pas, cette réputation en vaut bien d'autres."

"J'ai joué la carte de la sincérité"

C'était une stratégie en fait?
Non, ce n'est pas le mot. J'ai simplement voulu jouer la carte de la sincérité, montrer qu'on peut à la fois galérer et être un mari et un père de famille heureux. Et puis, en se dévoilant un peu, les gens vous connaissent et vous comprennent mieux. Personnellement, il y a des artistes qui me laissaient totalement indifférent avant que je connaisse leur parcours de vie, et dont je suis accro aujourd'hui.

Certains vous ont néanmoins reproché d'exposer exagérément votre bonheur familial…
Ce que pensent les autres me passent par-dessus la tête à 250 à l'heure! Quand je chantais sur les trottoirs et dans les bus de Genève, je ne les dérangeais pas. Si, aujourd'hui, mon bonheur les perturbe, c'est à eux de se poser des questions, pas à moi.

Votre succès, vous le devez à qui, à quoi?
Au travail et à la foi. J'ai toujours cru en moi et en ma passion. Dans ma tête, je me disais: "Pendant que les tiens ne manquent de rien, tu peux faire de la musique jusqu'à en crever. Un jour, ça finira par passer."

Que diriez-vous à celles et ceux qui, comme vous, rêvent de devenir une star?
Une seule chose: gardez la foi et exposez-vous autant que vous le pouvez. Saisissez toutes les occasions de vous produire en public, n'en négligez aucune. Il n'y a pas que la scène qui vous fait avancer. La moindre reconnaissance d'un tout petit public vous aide.

Votre âge (30 ans) n'a finalement pas constitué le handicap que l'on craignait.
Au contraire, je pense qu'il a été un atout. A 20 ans, je n'aurais jamais supporté la somme d'émotions que j'ai encaissées ces derniers mois. Nous en avons souvent parlé avec Steeve, l'autre finaliste, trentenaire lui aussi. On s'est dit que se retrouver en finale démontre bien que l'âge n'a rien de rédhibitoire si la foi, le travail et un peu de talent vous habitent.

"Ce qui m'arrive n'est pas tombé du ciel"

Votre femme, votre fils et toute votre famille vous ont-ils aidé aussi?
Psychologiquement oui, mais financièrement, je me suis toujours débrouillé seul. Depuis l'adolescence, je n'ai eu que ma guitare et ma voix pour manger. Pendant deux ans, j'ai fait les trams et les bus de Genève. Ce qui m'arrive aujourd'hui n'est pas tombé du ciel.

Chez vous, est-ce que personne n'a cru en vous, n'a flairé ce talent qui ne demandait qu'à éclore?
Si. Mais il faut beaucoup d'argent pour construire l'image d'un nouveau chanteur. Nouvelle star brûle cette étape. L'espace de trois mois, vous disposez d'un temps d'exposition maximal. Derrière, il ne reste plus que la promotion à assurer.

Vous aviez frappé à toutes les portes en Suisse; à celle de la TSR ou d'Alain Morisod par exemple?
Non, pas vraiment. Une fois, j'ai participé à une émission de la TSR, TV à la carte. Dix minutes. Il faut dire qu'à l'époque, avec mon groupe, je ne chantais qu'en anglais et en espagnol. Cela étant, il serait temps que la TSR produise une émission du style de Nouvelle star. Si elle en a les moyens, bien sûr, car la qualité est primordiale pour les candidats. A M6, ce qui est mis en place est impressionnant. Rien n'est laissé au hasard, tout est fait pour nous placer dans les meilleures conditions possibles.

Passer par la téléréalité n'est peut-être pas évident pour tout le monde…
Quand je vois Stephan Eicher et les Rita Mitsouko se faire virer par leur maison de disques pour ventes insuffisantes, je me dis qu'il ne faut négliger aucune occasion de s'exposer. Et puis, à Nouvelle star, les risques de se planter sont quasi nuls, tout y est tellement professionnel, à commencer par l'orchestre qui vous accompagne. Ma réussite est aussi la leur.

"Marianne, elle en a, comme on dit"

On pensait également que le fait d'être Suisse vous écarterait de l'emballage final.
La musique se fait sans passeport. On donne notre cœur sur scène et c'est pour cela que les gens votent. La nationalité n'a rien à voir là-dedans. Et si vraiment cela jouait un rôle, je suis double national, Suisse et Français.

Quand on est né un 1er août (1973), on doit tout de même se sentir un peu plus Suisse que Français, non?
A fond, oui. Non, je plaisante. Je prends ça comme un petit clin d'œil. En réalité, je suis très fier d'être Suisse, même si nous sommes de plus en plus critiqués à l'extérieur. Le cliché du Suisse plein de blé et baron du chocolat et des coucous subsiste encore mais, désormais, on y a ajouté celui d'un homme qui ne décide rien et qui reste renfermé sur lui-même. Notre pays est très critiqué pour sa fermeture et son isolement.

Allez-vous quitter la Suisse désormais?
Je suis Suisse et je ne quitterai jamais mon pays. Mais pour mon métier, Paris est évidemment mieux que Genève. J'espère toutefois pouvoir me produire dans ma ville le plus tôt possible.

Parlez-nous de Marianne James, votre alliée du jury. Vous a-t-elle autant aidé que Céline, votre femme, lors des prime times?
(Rire.) J'éprouve une énorme sympathie pour cette femme car derrière sa carapace se cache un grand cœur. Sa sincérité et sa franchise me touchent. Elle en a, comme on dit. Evidemment, elle a pesé de tout son poids dans ma réussite. Mais ce sont surtout ses coups de fouet qui m'ont été salutaires. J'ai parfois besoin d'être bousculé pour avancer.

"Sans Dieu, je ne suis rien!"

Je ne sais pas si vous vous intéressez au football, mais l'autre jour, en parlant de la finale de la Ligue des champions, Didier Deschamps, l'entraîneur de Monaco, a eu cette phrase: "Une finale est belle seulement si on la gagne; si on la perd, elle peut faire beaucoup de mal." Est-ce aussi votre avis?
Non, pas du tout. Nouvelle star n'est pas un match de foot et encore moins une compétition de cette ampleur. La musique est tout sauf une compétition. Il y a bien sûr un enjeu commercial mais pour moi, il était ailleurs. L'important est de s'exposer, d'être reconnu puis d'être produit. Tel était mon pari au début de cette aventure. Finir premier, deuxième ou troisième est très accessoire. Je le répète, l'essentiel est de sortir de cette affaire avec l'étiquette d'artiste.

A cet égard, est-ce gagné?
J'espère, la balle est maintenant dans mon camp en tout cas. A moi de faire en sorte que l'on parle plus désormais du Julien chanteur que du Julien papa…

Une chose encore: vous avez parlé plusieurs fois de Jésus en interprétant Purple Rain. Etes-vous croyant?
Les religions m'ennuient mais je crois en notre Seigneur Jésus-Christ, oui. C'est lui qui me donne la force et la foi. Depuis que je l'ai mise entre ses mains, ma vie va beaucoup mieux. C'est à Dieu que je dois toutes les bonnes choses qui m'arrivent. C'est lui qui m'a donné une voix plutôt agréable, c'est lui qui me donne envie de chanter. Seul, je ne suis pas grand-chose. Je n'aurais même pas supporté passer par le casting. Hélas, j'ai mis beaucoup de temps à me rendre compte de tout cela. Jusqu'à il y a trois ans, je ne comptais que sur moi, je pensais que j'étais le seul responsable du succès de mes actes. En fait, mon ego m'a beaucoup trop longtemps aveuglé.

Christian Rappaz
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