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Libération - 15 Avril 2004

Dans les coulisses de la «Nouvelle Star»,Ils connaissent la chanson.
Loin d'être des candidats académiques, les aspirants au titre de «Nouvelle Star», sur M6, choisis parmi 25 000, ont connu les galères, sont parfois trentenaires et, surprise, savent souvent chanter.
Steeve a 31 ans. Pour lui, comme pour Julien, 30 ans, le jeu de M6 représentait «le casting de la dernière chance».

Ils étaient 25 000 en décembre, ils ne seront plus que six à s'affronter ce soir, captivant, comme chaque semaine, un public de mordus, plus âgés qu'on imagine. Des trentenaires, des quadras ou plus, attirés par la simplicité de ce feuilleton musical : une poignée de chansons, quelques zestes de vie privée et le piment du direct alimentent cette tragédie hebdomadaire, quasiment dépouillée des scories voyeuristes de la télé-réalité.
Ce mardi matin, au 21e étage d'un grand hôtel parisien où ils vivent depuis deux mois, Steeve, Laura, Julien, Amel, Charles et Babeth discutent «tierces», «voix de tête» ou «voix pleine» avec leur coach vocal. Agés de 16 à 31 ans, venant de milieux sociaux très différents, les candidats expérimentent, avec un sacré cran, un univers nouveau pour eux où les concessions, expliquent-ils, sont «inévitables». Les «vieux» comme Steeve et Julien, ou les jeunes comme Laura, 19 ans, affirment pourtant profiter de tout et n'être dupes de rien. Vraiment ?

La méfiance envers les caméras

Certains acceptent d'aller plus loin. Marié à Céline, grande brune consultante à l'Unicef, et père d'un petit garçon, Julien a plusieurs fois cédé à la mise en scène de son intimité. Il le regrette presque. «C'est fini, on veut se préserver.» Mais ces images-là, ainsi que sa sensibilité à fleur de peau (il a souvent failli abandonner, vaincu par le trac) ont contribué à en faire le «romantique» du groupe. «Pourquoi pas, dit-il en souriant. C'est juste tellement réducteur.» Fils d'un photographe et d'une graphiste, Julien a commencé la musique à l'âge de 7 ans. «Puis j'ai vécu avec des gitans à Prague, j'ai été bûcheron à Corpus Christi, au Texas, fait la plonge dans des restos à New York. Ma vie, c'est la musique, mais je ne me suis jamais vraiment battu pour ça, avant. Heureusement que ma femme m'a inscrit au jeu. Ça me secoue.» Comme Steeve, Julien gravite dans le milieu musical depuis des années. Et comme eux, environ 20 à 25 % des 25 000 candidats à la Nouvelle Star étaient des trentenaires (ou approchant), dont beaucoup désespèrent de percer dans la musique. «Rien que pour ça, dit Julien, participer à une émission pareille est un tremplin énorme. Car le problème d'un artiste, ce n'est pas d'arriver à sortir un disque, c'est de se faire connaître.»
Pour nombre d'apprentis de la Nouvelle Star, grandis devant le Loft ou Star Ac, les règles du monde médiatique semblent comprises, et acceptées. En gros : être aimable et conciliant, afin d'avoir ensuite les coudées franches. «C'est comme ça que ça marche, non ?» dit Laura.
J'ai pris un avocat qui a pu négocier des trucs.» Comme quoi ? No comment. Julien a eu moins de chance. «Toutes mes requêtes ont été refusées.» Il voulait raccourcir le temps pendant lequel il cédait son droit à l'image (trois ans) et raccourcir aussi la durée (quelques mois) durant laquelle il «appartient» à BMG ­ la maison de disques peut ainsi l'empêcher d'aller signer ailleurs. «C'est vrai que j'avais imaginé les choses autrement. Il y a des concessions à faire, mais dans l'ensemble, je prends un vrai plaisir à être ici.»
Ce soir-là, en coulisses, Julien s'est rembruni. Les semaines passant, le nombre de candidats se resserre et la tension monte. A qui pense ce «romantique» quand il lance, un peu amer, que «certains disposent de meilleurs choix que d'autres» ? Lui a dû chanter Julio Iglesias alors qu'il rêvait de Stevie Wonder, pour lequel on lui a opposé «un non absolu».
C'est ainsi : chaque semaine, les candidats piochent leur chanson parmi quatre propositions faites par Fremantle, la boîte de production, en accord avec M6. Suffit-il d'une mauvaise main pour faire naufrage au «prime» ? Le juré et batteur Manu Katché en est certain. Hélas, déplore-t-il, «le jury n'a aucun pouvoir là-dessus. C'est dommage, car on sait souvent mieux que les candidats le style qui leur convient. Dommage aussi que nous n'ayons pas notre mot à dire sur les éliminations.»

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